Question d'éthique et de conscience morale

Publié le par wolfie

compassion animaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Conversation à table, au dîner

 

 

 

Un soir, pendant le dîner, Leslie, 14 ans, refuse de manger sa viande. « Si c’est mal de tuer les gens, c’est mal de tuer les animaux et de les manger. »

Robert, son frère de 16 ans, se délecte ouvertement en dévorant son hamburger. « Tu parles de cohérence morale, mais tu portes des chaussures en cuir ? Si on a le droit de tuer les animaux et de porter leur peau, peut-être que ça t’irait bien des chaussures en peau de bonhomme ? »

Leslie s’énerve : « Gros tas ! » John, le père, intervient. « Qu’on le mange ou qu’on le porte, dans les deux cas, l’animal a été tué à notre profit. Il faut manger pour vivre, ce qui signifie que les hommes cultivent les plantes et élèvent les animaux pour leur propre usage. En revanche, on ne devrait pas maltraiter les animaux, et le moment venu, on devrait les traiter aussi "humainement" que faire ce peut et les faire souffrir le moins possible. Il y a des lois pour ça. Et n’oubliez pas, il y a des gens qui prennent grand soin de ces animaux pour gagner leur vie. Pourquoi ne pourraient-ils pas profiter de la vente de leurs bêtes qui sont des produits que réclament les consommateurs ? »

Leslie n’est pas satisfaite par la réponse de son père. « Comment peux-tu dire qu’ils prennent grand soin d’eux puisqu’ils les élèvent uniquement pour de l’argent ? La vie est plus importante que l’argent. S’ils les aimaient vraiment, ils leur laisseraient la vie et la liberté. Tiens, ces carottes elles au moins n’ont pas souffert pour arriver dans mon assiette. »

Robert répond : « Qu’est-ce que tu en sais ? Tu ne sais pas ce que c’est d’être arraché de la terre et de passer à la casserole. De toute façon, les vaches ne savent rien. Elles broutent de l’herbe toute la journée. Elles n’existeraient même pas si on n’en avait pas besoin. Les êtres humains sont intelligents, ils construisent des avions et des villes. Les animaux sont là uniquement pour nous. D’accord, ce serait stupide d’être cruel avec eux juste par cruauté, je ne vois pas en quoi ce serait utile. Mais si ça nous aidait à améliorer notre style de vie, il faudrait le faire. »

Suzanne, la mère de Leslie abonde dans le sens de sa fille : « Quand même, il y a de la souffrance inutile dans le système. Évidemment, il y a des lois et des règlementations, mais je ne crois pas qu’elles aillent assez loin. Elles veillent peut-être aux intérêts des humains, mais nous devons aussi veiller à celui des animaux. Je sais que je me sentirais mieux quand je mange de la viande si j’étais sûre que les animaux ont été bien traités et qu’ils ont eu la meilleure vie possible. Je serais même prête à payer la viande plus chère si j’avais cette assurance. »



 Cette courte discussion nous illustre différentes manières de réagir face à la question  « La consommation de viande est elle moralement justifiée ? » Cela nous permet ainsi d’observer les justifications généralement utilisées par les personnes confrontées à cette question…



Étudions donc le comportement des différents protagonistes de l’histoire.

Les protestations de Leslie se basent sur l’équité et la cohérence morale. Sa pensée se fonde sur les droits. En effet, pourquoi aurions nous le droit de vie ou de mort sur les animaux ?
Son frère semble lui croire que les animaux ont des droits mais il ne défend d’aucune façon l’égalité de droits hommes/animaux.
Saches mon cher Robert qu’il existe de très nombreuses alternatives au cuir ou aux autres peaux d’animaux ;-)
Le père, même s’il a raison sur certains points, croit en bons nombres de mensonges. Ou plutôt, il croit en ce que l’on a essayé d’inculquer à la majorité des gens et cela depuis le début de nos relations avec les animaux : ils sont là pour nous nourrir, la viande nous est indispensable.
C’est faux bien sûr… mais dans notre société tout est fait pour éviter aux individus de le découvrir. On préfère graver en eux l’image d’éleveurs s’occupant avec passion de leurs animaux, les rendant ainsi heureux toute leur (courte) vie. Paysage plutôt idyllique et simpliste que développe ici John.
Apparemment John fait une différence entre maltraiter un animal, ce qu’il trouve inacceptable, et l’élever en ayant pour seule fin de s’en nourrir et d’en tirer profit, ce qu‘il pense juste.
Il tente de montrer une certaine préoccupation pour le sort des animaux d’élevage mais celle-ci n‘intervient qu‘à la fin, lors de l’abattage. Celui-ci devrait selon lui se faire "humainement". Y’a t-il une quelconque dignité pour un animal à mourir après avoir été élevé par l’homme ? Avec toutes les souffrances que cela implique pour lui…
Qui souhaiterait mourir ainsi ? Et cela même en admettant une réduction maximale des souffrances…
Un animal a autant le droit que nous de vivre en s’épanouissant un maximum, cela ne pourra jamais se faire s’il est maintenu en vie pour l’unique raison qu’il va nous nourrir à la fin.
Leslie s’insurge, justement, du raisonnement de son père. Elle invoque le droit à la vie pour tous, une vie épanouie et sans entraves de l’humain.
Elle introduit à juste titre l’alimentation végétale comme solution. Bien que l’image de la carotte soit assez réductible (n’évoquant en nous que l’image des légumes…).
Son frère en profite pour riposter avec le fameux cri de la carotte. Il réplique (mais le pense t-il vraiment ?) à sa sœur qu’il pourrait exister une souffrance chez les végétaux. Or, nous savons que ceux-ci n’ont pas de systèmes nerveux… Ils ne souffrent donc pas. Bien sûr cela n’empêche pas qu’il faille se préoccuper de la gestion des ces ressources qui sont très importantes pour les populations du monde entier.
D’ailleurs la consommation massive de viande de ces dernières années entrave la production de céréales puisque la majeure partie des récoltes sont destinées au bétail, on pourrait donc nourrir davantage de personnes en mangeant moins de viande…
Le frère de Leslie a la tête dur. Selon lui l’homme fait preuve d’une grande bonté puisqu’il permet à ces animaux de vivre. Mais quelle vie… À leur place, connaissant le processus de l’élevage, que choisirions nous ? Vivre peu et souffrir beaucoup mais vivre quand même ou ne pas vivre et ainsi éviter tout un tas d’expériences douloureuses et ne pas connaître la frustration de ne pas pouvoir s’épanouir.
En plus de cela Robert invoque l’intelligence de l’être humain, exemple à l’appui avec les avions.
Quelle intelligence en effet ! Les nouveautés technologiques se développent au même rythme que la destruction progressive de notre planète… Pour ce qui est de l’intelligence de l’homme on repassera, dans le futur peut-être mais rien n’est gagné et qui sait combien de temps encore la planète tiendra ?
Le progrès doit-il obligatoirement se faire au dépend du sort des animaux et de la santé de notre planète ? Les animaux existent pour leurs propres raisons, leur intérêt est différent de celui des humains mais qu’importe ils ont autant le droit de vivre que les hommes. De plus le concept d’intelligence est purement humain, c’est injuste de l’appliquer aux animaux pour les priver du droit de vie qui est le leur.
La mère de Leslie reconnaît la souffrance mais par ses dires on pourrait davantage penser qu’elle essaie de s’acheter une conscience… Elle se dit en effet prête à payer plus cher une viande "sans souffrance", autrement dit un morceau de chaire venant d’un animal ayant souffert le moins possible (mais ayant souffert quand même). Raisonnement très courant qui nous entoure et qu’on entend souvent.
On nous réplique généralement qu’il est extrémiste de ne consommer aucun animal (ne pas s’en vêtir, s’en nourrir etc…) mais il y a des choses injustes qui exigent d’être extrême. On ne peut pas prôner le respect de l’animal si l’on continue de cautionner et d’encourager la manière dont il est aujourd’hui traité dans notre société.



Il ne faut pas se méprendre, comme le rappelle le père, cela va continuer temps que la demande sera là.
Autrement dit, s’il n’y a pas de changements dans notre consommation le sort des animaux ne changera pas et nous demeurerons dans une situation préoccupante puisque cela est en lien direct avec notre planète.

 

 

Cet extrait regroupe quatre  points de vue méta-éthiques reposant chacun sur un fondement différents. Ils sont dits "opposés" mais il faut nous efforcer de les exercer ensemble et le plus possible : la vertu (l'épanouissement), le droit (justicie, équité, autonomie, liberté), l'utilité (plus de bien pour le plus grand nombre) et la sollicitude (= empathie; des relations non coercitives, la paix).

 

 

Analyse faite à partir d'un cas traité dans l'ouvrage "Ceci n'est pas un livre - Leçons de philosophie et jeux d'esprit" par Michel Picard.

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Ély Wolf 21/08/2010 11:56



Le père et le frère sont con ! "les animaux ne sont pas intelligent", ces vraie, il sont sage, et bon, ces différent !


 


Très bon début Cécile, =)